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L’évolution de la finance durable – Bilan des principales avancées 2024-2025 et perspectives

Tendances mondiales en matière de divulgation de l’information sur le développement durable et de réglementation

En octobre 2025, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié son examen annuel des pratiques de divulgation de l’information en matière de durabilité des entreprises à l’échelle mondiale. Au cours des deux dernières années, la divulgation liée au développement durable a continué de progresser, passant de 86 % de la capitalisation boursière mondiale en 2022 à 91 % en 2024. Cependant, le nombre absolu d’entreprises qui publient de l’information sur la durabilité — 12 900 — ne représente qu’une part modérée des 44 152 sociétés inscrites en bourse dans le monde, ce qui montre qu’il reste encore du chemin à faire pour assurer une convergence et une harmonisation à l’échelle mondiale. En Chine, dans les pays développés de la région Asie-Pacifique (sauf les États-Unis), en Asie émergente et en développement (sauf la Chine), ainsi qu’au Moyen-Orient et en Afrique, la divulgation mesurée en capitalisation boursière a augmenté de 7 points de pourcentage. Il sera évidemment intéressant de suivre l’évolution de cette tendance en 2025, particulièrement aux États-Unis.

À l’échelle mondiale, 582 entreprises appliquent les normes de l’International Sustainability Standards Board (ISSB), en indiquant soit un alignement partiel, soit une conformité, ce qui demeure bien en deçà du nombre d’entreprises qui utilisent les recommandations du TCFD (4 857) ou les normes du SASB (3 497), lesquelles ont servi de fondement aux normes de l’ISSB.

Entre 2022 et 2024, les pratiques d’assurance se sont également étendues, la couverture passant de 66 % à 81 % de la capitalisation boursière mondiale. L’assurance est répandue même dans les territoires où elle n’est pas exigée ni recommandée, comme la République populaire de Chine (19 % des entreprises, 51 % de la capitalisation boursière) et les États-Unis (39 % et 83 %). L’assurance limitée demeure nettement plus fréquente (56 %) que l’assurance raisonnable (17 %). Dans ce contexte, l’adoption de la norme internationale d’assurance sur la durabilité (ISSA) 5000, finalisée en novembre 2024, arrive à point nommé.

Quels enjeux les investisseurs considèrent-ils comme importants?

Selon des recherches de l’OCDE, une analyse des risques liés au développement durable auxquels les entreprises sont exposées, fondée sur le SASB Sustainable Industry Classification System (« cartographie SASB »), montre que les changements climatiques représentent un risque financier important pour des sociétés inscrites qui représentent 65 % de la capitalisation boursière mondiale. Les résultats indiquent également que les risques liés au capital humain constituent actuellement le principal risque de durabilité: des entreprises représentant 68 % de la capitalisation boursière mondiale sont exposées à ce type de risque jugé financièrement important. Aux États-Unis, cette proportion est encore plus élevée: des entreprises représentant 76 % de la capitalisation boursière y sont considérées comme exposées à des risques liés au capital humain jugés financièrement importants.

À l’échelle mondiale, des entreprises représentant 41 % de la capitalisation boursière totale sont considérées comme exposées à la sécurité des données et à la protection de la vie privée des clients en tant que facteurs financièrement importants (il s’agit du troisième risque le plus important). Aux États-Unis, des entreprises représentant 49 % de la capitalisation boursière sont exposées à ces enjeux de sécurité des données et de protection de la vie privée des clients en tant que risque financièrement important.

Tendances clés à surveiller

Perspective mondiale: La multiplication des normes de divulgation de l’information sur le développement durable, qui reposent sur des approches variées, a mené à des efforts visant à améliorer l’interopérabilité des normes, alors que les autorités de réglementation et les normalisateurs cherchent à simplifier les obligations de déclaration et à favoriser la comparabilité à l’échelle mondiale. En juin 2025, la GRI et la Fondation IFRS ont publié une déclaration conjointe précisant de quelle manière GRI 102: Climate Change 2025 et IFRS S2 peuvent être utilisés conjointement et être considérés comme équivalents. Pour ce qui est des émissions de GES, l’équivalence est réputée atteinte lorsque les entreprises qui déclarent leurs émissions de portée 1, 2 et 3 en vertu d’IFRS S2, conformément au Greenhouse Gas Protocol, utilisent ces mêmes informations pour satisfaire aux exigences pertinentes de GRI 102.

Europe: En vertu de la directive révisée sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD), les grandes sociétés cotées appliquent pour la première fois les normes ESRS en 2025, tandis que les autres entreprises les mettront en œuvre progressivement à compter de 2028. Tous les regards sont désormais tournés vers le Parlement européen, qui finalise sa position de négociation sur la proposition dite « omnibus ». Le 13 novembre 2025, le Parlement européen a adopté sa position de négociation visant à simplifier les obligations de publication d’information en matière de durabilité et de diligence raisonnable des entreprises. Fait notable, seules les entreprises employant en moyenne 1 750 personnes et générant plus de 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net demeureront visées par le champ d’application du règlement CSRD.

Canada: Les normes du Canadian Sustainability Standards Board (CSSB) sont actuellement en vigueur pour adoption volontaire pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025. Les autorités provinciales et territoriales de réglementation, de même que les Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM), suivent la situation de près et pourraient éventuellement rendre ces normes obligatoires pour les sociétés ouvertes.

États-Unis: En date d’octobre 2025, les perspectives en matière de réglementation de la divulgation sur la durabilité aux États-Unis demeurent très incertaines en raison des contestations juridiques et politiques au niveau fédéral, alors que des réglementations au niveau des États, en particulier en Californie, avancent malgré des retards de mise en œuvre. La règle de la SEC sur la divulgation des risques climatiques est effectivement en suspens à la suite de la décision de la commission de ne pas la défendre devant les tribunaux, et l’adoption finale de la réglementation climatique de la Californie liée au projet de loi SB 261 est retardée, les règles définitives étant maintenant attendues après l’audience du 9 janvier devant la Cour d’appel des États-Unis.

Chine: En 2025, la Chine a consolidé sa position de premier investisseur mondial dans les énergies propres, contrebalançant le recul marqué des dépenses « vertes » aux États-Unis. Les investissements intérieurs sont demeurés massifs, avec plus de 1,97 billion de yuans (270 milliards de dollars américains) consacrés à des projets énergétiques clés pour les seuls huit premiers mois, soit une hausse de 18 % sur un an. Les installations d’énergies renouvelables ont bondi: 310 GW de nouvelle capacité ont été ajoutés au cours des trois premiers trimestres, portant la capacité renouvelable totale à près de 2 200 GW, soit 59 % de la capacité de production d’électricité du pays. La modernisation des réseaux et le stockage figuraient également parmi les priorités, avec 88 milliards de dollars américains investis dans le transport et la distribution, et une hausse de 69 % des dépenses en stockage par batteries par rapport à 2024.

Thèmes émergents: En matière de divulgation liée à la nature, le Taskforce on Nature-related Financial Disclosures (TNFD) et la GRI ont conjointement produit une cartographie d’interopérabilité montrant comment les normes de la GRI soutiennent les recommandations et les indicateurs du TNFD, aidant ainsi les utilisateurs à comprendre les recoupements et à identifier les divulgations supplémentaires nécessaires pour se conformer aux attentes du TNFD. Le 7 novembre 2025, la Fondation IFRS a annoncé que l’ISSB entamait un processus d’élaboration de normes portant sur les risques et les occasions liés à la nature, en s’appuyant sur les recommandations, les indicateurs et les lignes directrices du TNFD.

La divulgation d’information liée aux droits de la personne est devenue un volet émergent des rapports de durabilité des entreprises. Au cours de la dernière décennie, plusieurs administrations ont adopté des politiques et des lois exigeant la divulgation d’information relative aux droits de la personne. À l’échelle mondiale, des entreprises représentant 81 % de la capitalisation boursière (17 % des sociétés inscrites) déclarent avoir une politique en matière de droits de la personne. Une proportion encore plus élevée (85 % de la capitalisation boursière mondiale) déclare avoir une politique spécifique relative au travail forcé ou au travail des enfants, tandis qu’une proportion plus faible (62 %) indique avoir une politique sur la liberté d’association.

La résilience et la biodiversité au premier plan

Le paysage de la finance durable évolue rapidement, la résilience et la biodiversité s’imposant comme des thèmes centraux dans les stratégies d’investissement, les normes de divulgation et l’innovation financière.

La résilience climatique: un nouveau territoire d’investissement

La récente conférence de la Climate Bonds Initiative (CBI) à Londres a réuni plus de 200 investisseurs, propriétaires d’actifs et leaders du marché. L’événement a mis en lumière le fait que la transition vers une économie durable représente non seulement un défi, mais aussi une importante occasion d’investissement. Malgré la volatilité à court terme et les incertitudes politiques, la confiance des investisseurs envers la finance durable demeure solide, comme en témoignent la poursuite des entrées de capitaux et la sursouscription des obligations vertes et durables.

Un thème majeur qui s’est dégagé est l’importance croissante de la résilience comme prochaine frontière de la finance durable. Le lancement, en 2024, de la taxonomie « Climate Bonds Resilience » fournit désormais aux investisseurs et aux émetteurs un cadre crédible pour le financement de l’adaptation dans les secteurs des infrastructures, de l’agriculture, de la santé et des systèmes sociaux.

Les projets admissibles à ces obligations incluent, entre autres, la prévention des inondations, la modernisation des infrastructures portuaires et le soutien aux populations vulnérables. L’accent est mis sur des bénéfices quantifiables et sur l’alignement avec les standards internationaux (ICMA, CBI), afin d’assurer transparence et impact mesurable.

Biodiversité et divulgation: la montée des normes TNFD

Deux ans après la publication des recommandations du TNFD, leur adoption par le marché s’accélère. Plus de 500 rapports alignés sur le TNFD ont été publiés, et 620 organisations représentant 20 billions de dollars américains d’actifs sous gestion se sont engagées à suivre ce cadre. Les sondages indiquent que 63 % des répondants considèrent les risques liés à la nature comme tout aussi importants que les risques climatiques pour leur avenir financier.

La convergence des normes (SASB, ISSB, GRI, ESRS) et la familiarité des entreprises avec la divulgation en matière d’eau, de déchets et de foresterie facilitent l’adoption du TNFD. Les indicateurs les plus fréquemment utilisés concernent la gestion des déchets, la consommation d’eau et la pollution, tandis que les indicateurs de biodiversité demeurent complexes, mais deviennent de plus en plus essentiels pour les exercices d’analyse de matérialité.

Innovation financière: combler le déficit de financement de la biodiversité

Le plus récent rapport du Paulson Institute souligne l’élargissement du déficit de financement de la biodiversité, maintenant estimé à 942 milliards de dollars américains par an. Bien que les flux financiers liés à la biodiversité aient augmenté pour atteindre 208 milliards de dollars américains en 2024, l’objectif annuel de 1,15 billion de dollars d’ici 2030 demeure lointain. Des instruments innovants, tels que les obligations à impact environnemental, les obligations de performance liées à la nature et les prêts liés au développement durable, gagnent en popularité et suscitent l’intérêt des institutions financières traditionnelles.

L’International Capital Market Association (ICMA) met de l’avant le potentiel du marché obligataire pour orienter les investissements vers les objectifs de biodiversité. Les obligations vertes et durables sont de plus en plus structurées autour de thèmes liés à la conservation et à la restauration de la nature, les émissions axées spécifiquement sur la biodiversité étant en hausse constante depuis 2020. Parmi les principaux indicateurs de performance (KPI) utilisés pour ces instruments, on retrouve la restauration d’habitats, la réduction de la pollution et l’intégration de solutions fondées sur la nature. Malgré les progrès, d’importants défis subsistent. Le nombre limité de projets « bancables », la dépendance à l’égard des financements publics ou philanthropiques et la complexité des indicateurs de biodiversité freinent encore la circulation des capitaux. L’orientation est toutefois claire: la biodiversité devient une dimension incontournable de l’investissement durable.

Où en sont les investissements durables aujourd’hui?

Un coup d’œil aux fonds durables mondiaux comme indicateur

D’après les données les plus récentes publiées par Morningstar, les actifs mondiaux des fonds durables ont atteint 3,7 billions de dollars américains à la fin du troisième trimestre de 2025, un marché largement dominé par l’Europe, qui représente plus de 85 % de ces actifs, contre 10 % pour les États-Unis et le reste du monde pour la portion résiduelle. Même si les flux nets sont négatifs à l’échelle mondiale depuis le début de l’année, des différences régionales importantes existent, notamment les entrées nettes positives observées au Canada et en Asie (hors Japon) au cours de l’année. De façon générale, l’appétit des investisseurs pour les fonds durables demeure modéré dans un contexte d’incertitudes géopolitiques et réglementaires, avec des disparités notables entre les régions. Malgré les sorties nettes, les actifs totaux ont augmenté en raison de l’appréciation des marchés, particulièrement en Europe et aux États-Unis.

Une autre divergence importante se manifeste au niveau des catégories d’actifs. Alors que certains marchés ont connu des rachats dans les fonds d’actions, les fonds de titres à revenu fixe ont continué d’enregistrer des entrées nettes positives, ce qui indique que les investisseurs ne se détournent pas nécessairement des produits durables, mais procèdent plutôt à un rééquilibrage de leur répartition d’actifs, avec des effets indirects sur les flux globaux.

Conclusion

À l’aube de la nouvelle année, il sera particulièrement intéressant de suivre les développements en matière de finance de transition, notamment dans le sillage du budget fédéral canadien, qui confirme la volonté du gouvernement de poursuivre l’émission régulière d’obligations vertes et d’explorer la mise en place d’un cadre obligataire durable permettant d’émettre à la fois des obligations vertes et des obligations de transition alignées sur des lignes directrices canadiennes en matière d’investissement durable (une « taxonomie » conçue au Canada).

Références

Global Corporate Sustainability Report 2025 | OECD

CSA updates market on approach to climate-related and diversity-related disclosure projects – Canadian Securities Administrators

An Update to the Landmark Financing Nature Report | Paulson Institute

Global Sustainable Fund Flows: Q3 2025 in Review | MorningStar